Une loi antisémite pour l'immobilier en Pologne ?

La loi polonaise sur les biens spoliés, nationalisés, saisis par les nazis et par les communistes serait une loi antisémite. C'est ce qu'avancent le ministre des affaires étrangères israélien Yaïr Lapid[1], le Premier ministre israélien Naftali Bennett, le gouvernement américain et la presse française.
 Une loi antisémite pour l'immobilier en Pologne ?
Liar Rapid

Mais c'est une loi antisémite, me direz-vous.

En fait, c'est plutôt le contraire, car elle touche tous les Polonais slaves, chrétiens ou juifs. 

Replaçons le contexte, en 1945, la guerre contre le troisième Reich se termine. Varsovie est aux trois-quarts détruite et un bon nombre de cités polonaises ont subi le même sort. 

Les Polonais de l'époque reconstruisent leurs villes à l'identique. Sans aide de la communauté internationale.

Le gouvernement soviétique de l'époque vole et nationalise, décide de l'attribution des logements et des commerces, il saisit alors un nombre de bâtiments pour loger des Polonais déplacés des anciennes régions polonaises de Volhynie (Ukraine actuelle) et du Kresy (aujourd'hui en Biélorussie) ou pour en faire des propriétés de l'État. 

Après, la chute du mur en 1989, le nouveau gouvernement non-communiste élu a préféré re privatiser les logements sociaux, car n'ayant pas assez d'argent pour les entretenir. Les habitants rachètent les logements pour un prix modique. Logements qu'ils occupent et entretiennent, ils y investissent du temps et de l'argent. 

Quand profitant, de la liberté retrouvée beaucoup demandent la restitution des logements qu'on leur avait "volés" .

Comme la plupart des archives de la ville ont brûlé pendant la Seconde Guerre mondiale, on a peu de documents pour prouver à qui étaient les biens.

Les restitutions se font en se basant sur la bonne foi des personnes et sur des témoignages peu fiables. 

Cette manière de faire a entraîné des fraudes et des restitutions indues.

Et beaucoup de familles se sont retrouvées à la porte sans nul part où aller. 

Ce qui a créé une insécurité immobilière.

En effet, une commission d'enquête menée par Patryk Jaki eurodéputé, qui était alors député de Solidarna Polska allié du PiS a démontré, que parmi les personnes aillant acquis une propriété de manière frauduleuse se trouvent d'anciens cadres communistes, des membres du SLD (socialistes polonais), de la PO (parti de Tusk) et des proches de ces deux partis aujourd'hui dans l'opposition.

Et comme Patrick Edery dans Boulevard Voltaire, je m'étonne du silence des médias occidentaux concernant ces faits.

Aujourd'hui, le gouvernement polonais et le Président Andrzej Duda, ont fait voter et promulgué une loi, où le mot "Juif" n'est pas utilisé une seule fois. 

Une loi, qui prévoit que les personnes prétendant à une restitution des biens saisis, spoliés ou nationalisés disposent d'un délai de 30 ans pour contester la décision administrative. Après ce délai, aucune restitution ne sera possible. Cependant, des recours seront possibles une foi ces 30 années de prescription échues pour une demande d'indemnisation au civil. 

Cette loi peut paraître injuste. Oui elle l'est pour le baron qui a perdu son domaine, l'intellectuel à qui on a pris son appartement de centre-ville, le paysan qui a vu sa ferme collectivisée, l'ouvrier non communiste qui dans les années d'après guerre a vu son logement devenir un bien d'État et pour la veuve et les enfants du général mort en 1944 et qui ne retrouveront jamais le foyer tant aimé. 

Une loi injuste pour tous ceux qui ont fui le nazisme et le communisme. Ceux qui ont émigré dans l'entre deux guerres, mais qui avaient conservé un point de chute en Pologne appartenant désormais à d'autres.

Une loi qui peut paraître injuste pour ceux qui sont attachés à leur terre et à leurs racines. Mais une loi nécessaire pour sécuriser les transactions immobilières. 

Une loi s'appliquant à tout le monde de la même manière que ce soit pour les Polonais ou les Juifs. 

Un mal pour peut-être un bien, mais certainement pas une discrimination antisémite. 

Maintenant que les choses sont dites, laissez moi vous parler de Yaïr Lapid. 

Yaïr Lapid est le patron du parti Yech Atid (parti libéral israélien) c'est un Macron israélien, mais, avec les caractéristiques des vieux beaux sur le retour. 

Les tempes grises, le teint halé, le costume italien, les lunettes de soleil, la chaîne au cou et la gourmette au poignet. 

Dans sa jeunesse, il était acteur pour des films et des sitcoms israéliens.

Depuis des années, ce monsieur, c'est lancé dans une campagne de diffamation contre la Pologne. Affirmant sur son compte Twitter que les Polonais avaient tué sa grand-mère à Auschwitz. 

 

 

Or, cela est faux ! 

Il est le fils de Tommy Lapid journaliste et homme politique israélien et de Shulamit Lapid. 

Son père est né avec le patronyme de Lampel en Serbie à Novi Sad et est survivant du ghetto de Budapest en Hongrie. Arrivé en Israël en 1948, il hébraïse son nom, Lampel devient Lapid. 

Dans un entretien pour le journal allemand Der Spiegel, les parents de Yaïr, Tommy Lapid et Shulamit Lapid racontent leur histoire. 

Et Tommy Lapid nous dit qu'il est arrivé en Israël avec sa mère en 1948. Shulamit Lapid, quant à elle, résidait déjà à Tel Aviv dans les années d'avant-guerre. Et la fiche Wikipédia de madame Lapid, mentionne que madame Lapid est née à Tel Aviv.

Donc les deux grand-mères de monsieur Yaïr Lapid ne sont pas mortes tuées, par des "Polonais" au camp allemand d'Auschwitz (https://www.google.com/amp/s/www.spiegel.de/international/world/israel-s-60th-anniversary-a-jew-from-morning-to-night-a-552281-amp.html & https://en.m.wikipedia.org/wiki/Shulamit_Lapid )

Qui plus est, son père et sa grand-mère font partis des Juifs sauvés par Raoul Wallenberg, diplomate suédois en mission en Hongrie et récipiendaire du titre de Juste parmi les nations.

Titre remis par l'institut Yad VaShem de Jérusalem, aux personnes ayant sauvé des Juifs au péril de leur vie. Raoul Wallenberg, que les Suédois appellent, le Schindler suédois. 

Le grand-père maternel de Yaïr Lapid est un des fondateurs du journal israélien Maariv. 

Seul son grand-père paternel Bela Meïr Lampel est mort pendant la Shoah. Mais, pas à Auschwitz où, il a été déporté un temps par les Allemands, avant de rejoindre le camp de Mathausen en Autriche, là où, il est mort. 

Ce que confirmera une émission dédiée à Tommy Lapid de la chaîne juive francophone Studio Qualita (https://youtu.be/09A91DdABOY).

Sincèrement, je compatis avec Monsieur Lapid, car avoir, été privé de grand-père de la sorte est horrible.

Mais instrumentaliser, une tragédie qui a bouleversé et ébranlé l'humanité toute entière et mentir ; pour salir, calomnier et diffamer un pays, un peuple victime lui aussi, son histoire et sa mémoire et cela à des fins purement politiciennes, nous montre le peu d'éthique et de morale, de monsieur le ministre Yaïr Lapid. 

Ce qui lui vaut, le sobriquet de Liar Rapid en Pologne jeu de mots en anglais, qui en français signifie " Menteur Rapide".

 

Florian Marek


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