Monseigneur Rey: « Chères pélerines, soyez des gardiennes de l’invisible » !

Ce week-end s’est déroulé dans le Var, la marche des mères de famille en direction du Sanctuaire Notre-Dame de Grâces de Cotignac, haut lieu de pèlerinage au cœur de la Provence. En effet, ce lieu fut témoin des apparitions de la Vierge Marie et en 1519 et de Saint Joseph 1660.
 Monseigneur Rey: « Chères pélerines, soyez des gardiennes de l’invisible » !

Le pèlerinage des mères de famille rassemble des centaines de femmes venues des quatre coins de France, pour marcher, prier durant trois jours, par chapitres, en direction du Sanctuaire.

Comme chaque année, Monseigneur Rey, évêque de Fréjus-Toulon, était présent pour leur délivrer un message édifiant et prophétique, sur la beauté de la femme, sentinelle de l’invisible, sur l’alliance conjugale, et sur la puissance de l’enfantement, au cours de la messe clôturant le pélerinage, ce 13 juin.

Monseigneur Rey a choisi d’articuler son homélie autour de trois axes emblématiques de la vocation de la femme avec le fil directeur de la beauté.

« Dans le livre de la Genèse », a-t-il expliqué, « Eve fut tirée du côté d’Adam, c’est-à-dire du lieu de son cœur. Cette création d’Eve achève le monde ». Et il précise : « une œuvre est achevée au sens où elle atteint une perfection, une plénitude, dans sa réalisation. Cette perfection relève de la beauté, non seulement physique mais également beauté de l’esprit, beauté de l’âme »

Monseigneur Rey développe ainsi la vision d’une identité féminine profonde, voulue par Dieu, qu’aucune idéologie, aucune mode ne pourrait altérer, pervertir. Ce n’est pas la beauté papier glacé des magazines féminins ni celle des canons éphémères de la mode, mais la vraie beauté intérieure, celle qui échappe à l’obsolescence.

Cet éclairage spirituel sur l’identité féminine ferait sans doute frémir les défenseurs de la théorie du genre et des identités sexuelles.

Mais Mgr Rey a choisi de centrer son propos sur l’unité, et non sur la dispersion ou l’éclatement, en montrant à quelle vérité profonde du cœur humain renvoie l’identité féminine, et au-delà, la vocation de la femme – qui est bien plus large.

« Aujourd’hui le monde dévalorise, accapare, prostitue parfois la beauté en la réduisant à sa plastique, en la déconnectant de la réalité, en la rapportant uniquement à l’émotionnel. » a-t-il expliqué, fustigeant à demi-mots l’exhibitionnisme émotionnel, le culte rendu au corps, à la consommation pornographique, à la télé réalité qui vend du sentiment bon marché, à peu de frais et d’engagement. 

Or dans cette société où tout cède au désir immédiat, mais aussi à la recherche d’une vie lisse, sans aspérité, où la réussite matérielle est associée au bonheur, où tout doit être optimisé, rentabilisé, un tel regard sur la « fragilité » détonne. Et c’est clairement une vision à contre emploi qu’il développe, pour montrer que « La beauté d’un être s’expose aussi parfois à partir de ses failles, de ses fragilités. Une pièce de tissu usé laisse plus facilement passer la lumière ».

L’éloge de la fragilité comme source de lumière et de dépassement pour l’humanité, est sans aucun doute une évocation en creux du sort accordé dans notre société aux embryons ou aux fœtus malades que la médecine préfère éliminer plutôt que les accompagner vers la vie. La culture du déchet que dénonce le Pape François illustre ainsi cette vision purement utilitariste de l’existence, où la valeur et la dignité de l’homme se mesureraient en terme de « capacité ».

Pour quelles raisons la vie est-elle si précieuse et pourquoi parle-t-on de « beauté » au sujet de la vie de l’homme, et ici, de la femme ?

« La vraie beauté de la femme vient de l’intérieur d’elle-même, elle ne relève ni du faire, ni du paraître, mais de la profondeur de l’être, de son habitation par Dieu »

Monseigneur Rey relie l’identité de la femme à la présence de Dieu, c’est-à-dire de l’amour immanent qui s’exprime à travers elle, et qui va bien au-delà du seul paraître. La femme témoigne, par son être même, de l’invisible. Saint Jean Paul II évoquait la femme comme «  la sentinelle de l’invisible », Monseigneur Rey se situe parfaitement dans cette même continuité spirituelle.

Il utilise une métaphore lumineuse, celle de l’éclat renvoyé, et invite chaque femme à se laisser habiter par la lumière du Christ pour la rayonner ensuite autour d’elles. Il les invite à témoigner de cette beauté qui ne meurt pas, dans un monde « enlaidi par le péché », et « dont l’avenir s’obscurcit », mais qui attend et espère la transcendance

Ainsi il les exhorte à soigner cette beauté de l’âme dans un monde qui désespère

La deuxième partie de son homélie est consacrée à l’alliance conjugale, par laquelle l’homme et la femme ne font qu’un. Ce passage rejoint l’évocation de la Genèse, où Adam dit «  elle est la chair de ma chair ».  La méditation sur le mariage s’avère résolument à contre courant du discours ambiant sur le mariage homosexuel, l’idéologie du genre et l’apologie des « diversités sexuelles ».

Monseigneur Rey ne cite ces idéologies à aucun moment, mais en peignant une fresque magistrale où la femme, l’homme, le couple et la vie sont au cœur du projet d’amour de Dieu, il  renvoie ces idéologies mortifères à l’obscurité.

Les défis du monde moderne, la sécularisation, la difficulté à faire durer l’amour dans un monde qui fait vaciller les plus solides, l’athéisme ont profondément impacté les familles, toutes les familles, y compris parmi les familles croyantes.

Il ne s’agit donc même pas de faire le distinguo entre les croyants et les non croyants.

C’est pour cela, que bien conscient des enjeux et des crises à surmonter, Monseigneur Rey ne fait pas d’angélisme. Il sait que ce n’est pas facile et que l’amour même se choisit et se décide, contrairement à la mode du tout jetable.

En ce sens, la dimension de la résilience, du pardon, du soutien, du dépassement de soi parle au cœur des mères venues en pèlerinage, pour certaines, avec des poids familiaux terribles.

Car c’est précisément dans l’épreuve que l’on peut trouver des ressources, et cette vision proposée est décidément taillée aux dimensions les plus nobles du cœur humain.

Monseigneur Rey alerte sur les risques encourus, dans le fait de renoncer, de céder au délitement : à travers ces crises, c’est toute la société qui peu à peu se délite, et il a ces mots très forts, prophétiques

« Le tissu conjonctif de notre société se déchire quand la famille est mise à mal, endommagée.

C’est alors l’individualisme, le fruit amer de cette érosion de l’alliance nuptiale, génère émiettement et fragmentation de la société. Et annonce peut-être sa dissolution ».

Enfin, il n’était pas possible de finir une homélie sans parler du lien de la femme, de l’épouse, avec la maternité et l’enfantement. Sujet très sensible où les blessures affleurent chez beaucoup de ces mères, dont certaines ont vécu des deuils d’enfant, in utero, ou après la naissance, voire des deuils plus tardifs. La réalité de la souffrance n’épargne personne, et malgré les apparences, les sourires, on sent que les douleurs ne sont jamais loin.

Cependant le sujet de la vie est crucial dans une société qui a perdu tous ses repères et s’enfonce dans un eugénisme aveugle, utilitariste et mortifère. Lorsque Jean Paul II évoquait la femme sentinelle de l'invisible, il évoquait aussi la femme portant en elle la fragilité de la vie, comme un bien précieux à protéger.

Monseigneur Rey invite chaque femme à devenir des « gardiennes de la vie », dans une société qui «  fabrique la vie », la « manipule » , pour l’ajuster aux désirs individuels. Il s’agit de dénoncer les faits qui se produisent actuellement dans le cadre de la loi de bioéthique, clairement évoquée à travers l’allusion à la PMA et à la GPA annoncée.

« Ici à Cotignac, sous le regard de la Vierge Marie, vous êtes invitées à contempler la beauté de votre vocation de femme, redécouvrir votre mission d’épouse et l’Espérance que contient votre maternité, face aux utopies technologiques. La vraie beauté ne relève pas de l’obsolescence, elle tient au miracle de l’enfantement » a-t-il conclu en appelant sur chaque femme, chaque mère, la puissance consolatrice de l’Esprit Saint, et la surabondance de ses grâces.

Avec cette homélie puissante sur la beauté de la vocation de la femme, sur son appel à veiller sur la vie et être des témoins de l’invisible, Monseigneur Rey a réussi un double pari : consoler et susciter l’Espérance.

 

Sabine Faivre

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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