Offensive de 297 députés pour passer en force sur l’euthanasie en France : la mort « miséricordieuse » refait surface

Vendredi 7 mai, 297 députés, dont une majorité de LREM, ont adressé un courrier au premier Ministre Jean Castex pour lui demander « solennellement de mettre du temps à disposition de l’Assemblée pour légiférer sur la fin de vie », un pléonasme pour signifier la demande express d’inscrire l’euthanasie à l’ordre du jour des discussions. Le précédent projet porté par Olivier Falorni n’avait pu aboutir en Avril du fait du très grand nombre d’amendements de l’opposition.
 Offensive de 297 députés pour passer en force sur l’euthanasie en France : la mort « miséricordieuse » refait surface

Les auteurs du texte disent s’appuyer sur une approbation majoritaire des français, et respecter la pluralité des opinions. En réalité, il s’agit ni plus ni moins, face à l’hostilité, que de tenter un passage en force, sur un sujet de société majeur.

La rhétorique des partisans de l’ADMD, association militant en sous-main pour faire avancer l’euthanasie, inverse les notions de dignité, de respect et de liberté, en donnant un contenu positif à ce qui n’est en réalité qu’une caution apportée à l’acte de tuer.

Rappelons-nous à quelles décisions arbitraires a pu conduire récemment l’interprétation de la loi Clayes-Léonetti, dans le cas de l’affaire de Vincent Lambert, euthanasié sans son accord, et ce, alors même qu’il n’était pas en fin de vie. Cependant, il était considéré comme un « légume » par les médecins, et par la société, donc il ne devait pas avoir le droit de vivre. Il a donc été éliminé, parce qu’handicapé.

A travers les concepts de « fin de vie libre et choisie », de « dignité », et même d’« humanisme » utilisé dans ce courrier à propos de l’euthanasie, nous retrouvons comme une copie conforme, les procédés de manipulation qui furent utilisés par le régime nazi pour rendre moralement acceptable la suppression les personnes jugées inutiles et improductives dans le vaste programme  eugénique hitlérien.

Dès 1924, Hitler avait écrit dans Mein Kampf : « celui qui n'est pas sain de corps et d'esprit ne doit pas perpétuer son infortune dans le corps de son enfant » (…) La conservation de la race est soumise à la loi de fer de la nécessité et du droit à la suprématie des meilleurs et des plus forts. Celui qui veut vivre doit donc lutter et celui qui ne prend pas part au combat dans ce monde de luttes éternelles, ne mérite pas la vie ».

Quelques années plus tôt, en 1920, un ouvrage intitulé « mise en oeuvre de la destruction des vies dépourvues de valeur », écrit par le psychiatre Alfred Hoche et le juriste Karl Binding, avait fait grand bruit. Il était indiqué sans aucune ambiguïté qu' « un médecin doit avoir le droit d'utiliser l'euthanasie sur toute personne inconsciente et sans conséquences légales », et qu' « il existe des individus qui sont sans aucune valeur pour la société », dont les établissements pour idiots, ceux-ci , « qui ne peuvent donner leur accord ni pour survivre ni pour être tués, devraient être tués ».

C'est dans ce contexte qu'une fois arrivé à la tête du Reich, Hitler passe à la mise en oeuvre concrète de cette idéologie raciste et eugénique, afin de sauver « la race aryenne » de tous les éléments qui la polluent.

Pour diffuser ces idées qui risqueraient de choquer une partie de l'opinion, Hitler lance une grande campagne de propagande et de manipulation émotionnelle, avec le soutien de Goebbels. Avec de fausses statistiques, il explique que « les familles d' inférieurs » sont deux fois plus nombreuses que les familles « normales », que si cela continue, bientôt les premiers l'emporteront sur les seconds, que le nombre de personnes déficientes a augmenté de 450% et que « l'Etat alloue annuellement un milliard de Reichmark pour des individus improductifs alors qu'il n'alloue que 766 millions de Reichmark pour le budget de la Police » Toutes les institutions, y compris l'école, distillent l'idée que les personnes invalides ou déficientes sont des fardeaux pour la société, insistant également sur la souffrance insupportable vécue par leurs proches.

Une nouvelle publiée en 1936 relatant l'euthanasie par un médecin de sa femme atteinte d'une maladie incurable, connaît un succès foudroyant en librairie. L'euthanasie est sublimée, présentée comme une démarche d'amour ultime, visant à délivrer une personne dont la vie ne vaut plus la peine d'être vécue. Peu après, un père tue son fils handicapé mental et est acquitté par la Justice avec le secours d'un praticien de la ligue national-socialiste. Un autre, père d'un nourrisson aveugle et atteint de déficience mentale, sollicite du Führer l'autorisation de l'assassiner. Le Führer envoie l'un de ses médecins personnels, le Dr Brandt, pour euthanasier le nourrisson.

Dès lors, naît dans l'esprit collectif le concept de « mort miséricordieuse ».

Se met en place un comité rassemblant des pédiatres, psychiatres, derrière le Dr Brandt, lequel a pour mission en Août 1939 de recenser tous les petits allemands de zéro à trois ans, malformés, trisomiques : 5000 enfants seront éliminés par injection de cyanure dans les vingt-huit Institutions retenues pour la mise à mort au cours des deux années suivantes.

Cette politique « d'épuration raciale » ne cesse de s'amplifier par la suite avec la mise en oeuvre du programme T4, programme d'élimination à grande échelle des sujets déficients, du nourrisson à la personne sénile, au moyen d'une société privée créé à cette intention, la « Gekrat » (Gemeinnutzige Krankerntransportsellschaft, « société de transport des malades ». Les patients déclarés inaptes au travail, nommés les « Delinquenten» dans le jargon nazi, sont asphyxiés au monoxyde de carbone dans ces Instituts. Aux sujets atteints de diverses pathologies psychiatriques s'ajoutent ensuite les « malades mentaux criminels », puis « les étrangers n'ayant pas de sang allemand ou assimilés : juifs, demi-juifs, noirs, mulâtres, gitans etc » ). Ceci se met en place dès l'automne 1939, et quelques semaines plus tard, une note confidentielle parvient à Hitler avec la mention : « règlement définitif des 8 765 cas ».

En France, tous sans exception s’indigneraient de tels procédés, qualifiés d’inhumains, de monstrueux, de criminels. Cependant, l’idéologie qui conduit à supprimer les vies jugées indignes d’être vécues, par le tri embryonnaire, l’avortement sélectif et l’euthanasie, est la même : elle a simplement muté en se parant des vertus de la « démocratie », du progrès social et des droits de l’homme.

 

Sabine Faivre, Psychologue et Auteur de « la vérité sur l’avortement aujourd’hui », Ed Téqui, 2006.

 


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